A L'OCCASION DE LA SEMAINE DU CERVEAU 

du 14 au 20 MARS 2022


Les traumatismes et les violences laissent des traces.

Et elles en laissent là où je ne le soupçonnais pas: dans le cerveau !

Cela m’a soulagée.

Soulagée de savoir qu’il y avait un élément objectif dans l’histoire.

Et si finalement, ce n’était pas moi. 

Difficile à croire, pour moi à ce moment-là.

Changeons le paradigme.

Voyons les choses autrement.

Mon centre de commande était malade.

Oui, disons le comme ça.

Mon centre de commande était abîmé.

Il ne pouvait plus bien fonctionner.

Ma mémoire autobiographique était altérée.

Mes émotions étaient down, je vivais dans une hyper vigilance constante, j’avais peur de tout, tout le temps. Je vivais au quotidien avec la boule au ventre.

Par exemple, je ne pouvais plus aller dans certains lieux, ni me confronter à la sonnette de ma porte d’entrée ou encore ouvrir la boîte aux lettres.

Incongru n’est ce pas? 

Mon quotidien était altéré.

Ma réalité était biaisée.

Petit à petit ces troubles se sont installés, et je m’y suis habituée.
L’anormalité était devenue la règle.

Cependant, il m’est parfois arrivé de faillir.

Lors de conversations tout à fait banales, mes émotions pouvaient déborder et cela allait être pointé.

Pointer quoi?

D’avoir “mal exprimé” un mal-être à un moment donné? 

C’est toute la difficulté des Troubles de Stress Post Traumatique.

Il peut nous arriver d’avoir des réactions “jugées excessives.”

Comment comprendre, si on ne sait pas ce que c’est.

Comment aider, si on ne sait pas repérer.

Il n’y a rien de plus difficile que se voir porter une forme de culpabilité, même inconsciente, lorsqu’on vit avec ces troubles, avec cette anormalité du quotidien.

Malheureusement, je ne suis pas un cas isolé.

Nous sommes nombreux à cacher, à voiler ce que l’on vit en réalité, car on sait parfaitement que c’est comme cela que ça va se passer.

Qu’on va se retrouver isolé, encore un peu plus et on craint de ne plus pouvoir s’en relever.

Sur mon cheminement, j’ai découvert une vidéo évoquant le travail de Pierre Janet, qui m'a énormément aidée à comprendre que ce que je vivais était en lien avec des traumatismes passés …

Les extraits qui m’ont le plus marquée:

“Pierre Janet fonde la psychologie dynamique : selon lui, c'est la force disponible, liée au niveau de fatigue, qui détermine la quantité et la qualité des pensées et des paroles et non pas les pensées qui déterminent les actes.

Ainsi, une faiblesse temporaire, due à une maladie, un traumatisme, ou durable, due à un mal-être chronique, entraîne un champ de conscience étroit et des actions sans retenue. 

La personne peut faire un geste machinalement, ou partir dans une crise de pleurs, un fou rire ou une peur panique lorsqu'une simple idée lui traverse la tête… 

À l’inverse, dans un champ de conscience élargi, la personne prend en compte différentes idées et perceptions avant d'agir. Ainsi, l'action est plus stable et s'ajuste aux éléments complexes de chaque situation. La personne peut ainsi prendre en compte sa volonté, ses croyances, les règles morales, son jugement…”

Les paroles qui étaient les miennes dans ces moments là pouvaient s’expliquer: c’était en lien avec les traumatismes…

La crise, la peur panique, les émotions incontrôlées, ces fameuses réactions jugées “excessives” étaient toutes en lien avec mes traumatismes.

Ok, ok, ok.

Mais comment faire avec tout cela, comment faire pour s’en sortir?

Comment faire pour retrouver une vie relationnelle et une vie globale plus apaisée?

Peut-être “panser” à guérir les traumatismes…

Encore faut-il savoir que ce qu’on vit est un traumatisme.

On ne sait pas toujours que certains des événements que l’on a vécu sont des événements traumatiques.

Et, on ne sait pas toujours que ces derniers laissent des traces, qu’ils laissent un impact négatif sur notre qualité de vie.

On peut s’en rendre compte en repérant les conséquences que ces événements traumatiques ont laissé dans nos vies:

Lorsqu’on se rend compte que sa vie à vrillé, qu’on a développé des addictions, des troubles psychiques, qu’on somatise, qu’on se rend malade, que tout a explosé, qu’on ne peut plus faire des choses normales, qu’on s’isole encore un peu plus et finir par s’apercevoir, qu’on a tout perdu…

Pour le savoir, on peut par exemple regarder si son quotidien a changé.
Si on se sent changé.

Si du jour au lendemain, on se sent fragile, vulnérable, faillible, ou en danger.

Si un simple regard, une simple parole peut avoir le pouvoir de nuire et qu’on se sent dans l'incapacité d’y faire face.

Alors, comment fait-on pour se préserver, dans ces moments où l’on est d'une grande vulnérabilité? 

Pour se protéger de tout ce qui peut faire mal, de tout ce qui est en lien avec ça.

On fuit, pour ne plus souffrir.

On construit des stratégies, de manière inconsciente, pour survivre.

Et, on fait de son mieux, chaque jour, pour aller mieux.

Ma chance? Vivre à une époque où des professionnels et des pratiques existent et aident à réparer le cerveau traumatisé. 

Le cerveau est un organe qu’on peut traiter, qu’on peut soigner.

“Les dommages au cerveau nuisent. Personne ne le dit, personne ne le sait. Il faut prendre soin de son cerveau.“ 
Dr Daniel Amen, psychiatre.

Nombre de personnes n’osent pas demander de l’aide par peur, ou par honte.

Ces fameuses stigmatisations liées aux violences!

Je le sais, je suis passée par là.

Pendant des années, je n’ai pas osé en parler, ni osé demander de l’aide.

Je me sentais honteuse, je me sentais incitée à me “terre”...

Mais, après avoir vécu cela, je sais qu’il ne vaut mieux pas faire cela. 

Car c’est notre cerveau qui va mal et qui a besoin de soins.

Et si on parlait de nos cerveaux plutôt que des faits qui nous ont traumatisés.

Parlons du cerveau. Remettons le cerveau au centre de nos vies.

Il est le centre de commandes.

Le cerveau est le CEO de nos vies.

Pour aller plus loin:

La Conférence de Bessel Van der Kolk du 24 septembre 2018, qui est psychiatre et spécialisé dans le trouble de stress post traumatique. Il est l'auteur du livre "Le corps n'oublie rien" ( Le cerveau, l'esprit, le corps dans la guérison du traumatisme ). Au cours de cette conférence, il évoque également le travail de Pierre Janet.

Pierre Janet, dans son livre l'Automatisme psychologique publié en 1889 :

" Pierre Janet observe des patients qui ont de très fortes émotions, des émotions véhémentes, qui sont submergés qui les mènent à avoir des réactions non pertinentes et excessives.

Le trauma est un évènement qui s'est passé il y a très longtemps, mais le corps continue de réagir comme si l'évènement continait de se produire et les personnes réagissent à des stimulus non pertinents, comme si cela se produisait sur le moment et il ne font pas le lien avec l'évènement du passé. Cependant, on observe des réactions biologiques, immunologiques et émotionnelles comme si l'évènement se passait dans le présent.

Les personnes ne font pas le lien avec l'évènement du passé."

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