“Souvent, j’interviens au tout début du parcours de reconstruction.
Ils ont le déclic ici, car le shiatsu détend et il agit sur les émotions.
Je leur donne aussi des informations sur la sidération et sur la mémoire traumatique afin de les aider à se libérer de la culpabilité.”
Marilyne Nourry

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots?

Je suis praticienne shiatsu: c’est une technique japonaise de pression sur le corps avec les pouces et les paumes, sur le corps de la tête aux pieds.

C’est une technique basée sur les principes de la médecine chinoise, j’interviens également sur les méridiens d'acupuncture par pression, mais sans les aiguilles.

Je suis arrivée au shiatsu, car la philosophie asiatique m’intéresse depuis très longtemps, depuis mon adolescence pour être précise.

Mais mon parcours de vie a fait que j’ai tout mis de côté et je n’y suis revenue qu’à l’approche de la quarantaine.


Pourquoi avez-vous choisi le shiatsu en particulier?

Ça me convient bien d’associer le corps et l’esprit, de ne pas traiter un problème en surface, mais d’aller à la source du problème.

Dans cette philosophie japonaise, chaque méridien est lié à un organe, qui lui-même est lié à des émotions.

Pendant une séance de shiatsu, ça ne se joue pas que sur le plan physique, ça peut être sur le plan émotionnel.


Quelle est la formation que vous avez suivie?

J’ai fait 3 ans de formation dans une école de shiatsu Masunaga.

J’ai d’abord exercé en association et actuellement, je suis installée en cabinet depuis septembre 2019 à Fougères (en Ille et Vilaine).


Comment procède-t-on pour avoir une séance ?

On prend rendez-vous par téléphone, par sms, via ma plateforme de réservation ou sur les réseaux sociaux.

Je présente alors le shiatsu, puis j’ai un échange avec la personne qui vient en rendez-vous.

Soit, ils viennent pour le bien-être, soit il y a une problématique physique ou psychologique. (des douleurs au dos ou des personnes qui ne sentent pas bien moralement)


Pouvez-vous nous parler plus précisément de votre métier? Comment se passe une séance de shiatsu avec vous?

Dans mon métier, on a des protocoles à suivre et on tient compte des problématiques que la personne veut bien nous partager en début de séance.

Il y a aussi une partie intuitive qui fait qu’on va insister sur certaines parties du corps plutôt que sur d’autres.

J’aime bien qu’il y ait un échange avec la personne pendant la séance.

C’est aussi un moment de bien-être, beaucoup viennent pour ressortir apaisés.

Shiatsu

Par exemple, pendant la séance, il peut y avoir une libération de la parole. 

Pour certaines personnes qui n’ont pas encore fait de démarches auprès d’un thérapeute et lorsqu’elles sont sur le ventre, certaines pressions effectuées à certains endroits du corps libèrent certaines émotions.

A ce moment-là, c’est plus facile pour elles de me parler, car on est pas en face en face.

S’apaiser en cours de séance permet de s’exprimer.

Je ne sais pas toujours qu’elles ont vécu des violences. Parfois, elles vont y faire allusion, mais sans y mettre les mots et d’autres fois, cela va arriver au bout d’une dizaine de minutes de séance, en se sentant plus apaisées, elles vont pouvoir parler.

A la fin de la séance, je fais un petit débrief, mais cela dépend des personnes.

Souvent, je vois une transformation sur le visage des personnes qui étaient très tristes en arrivant et elles repartent plus rayonnantes et c’est vraiment beau de vivre ce genre d’expérience. Car même si la parole n’a pas été libérée, la personne est quand même repartie avec un mieux-être.

Pour d’autres personnes qui sont très sensibles au niveau du corps, les pressions sont beaucoup plus douces.

J’ai beaucoup de personnes qui m’ont dit qu’elles ressentaient à nouveau leur énergie circuler.

C’est comme une réappropriation de leur corps.


Y’a t-il une régularité à suivre après la première séance?

Quand tout va bien, le shiatsu peut être utilisé en prévention, car cela renforce les défenses immunitaires. On peut faire une séance de shiatsu à chaque changement de saison.

Comment abordez-vous en particulier les séances avec des personnes qui ont un vécu de violences ?

Ces dernières années, j’ai eu beaucoup de personnes proches ou moins proches, qui avaient besoin de parler du fait qu’elles avaient vécu des violences.

Beaucoup de personnes m'ont confié avoir vécu des violences sexuelles.

Il y en a tellement que je me suis informée sur le sujet.

C’est là que j’ai découvert Muriel Salmona et je me suis intéressée à ses travaux.

Cela m’a permis par la suite, dès que j’avais des doutes, de parler de la mémoire traumatique et de les rassurer.

Les personnes me remercient pour ces informations, car elles commencent à comprendre leur fonctionnement cérébral.

De plus, le non-jugement est essentiel pour moi. Je ne supporte pas les jugements faits par autrui, ça m'exaspère.

C’est possible que les gens ressentent ce non-jugement chez moi.

Souvent, les gens se sentent mal quand ils arrivent et ils recherchent l’apaisement.

Beaucoup ne connaissent pas bien le shiatsu, mais ils savent qu’il s’agit de bien-être.

Mais ces personnes recherchent quelque chose de plus que le bien être.

On travaille sur le système nerveux, cela conduit à un véritable apaisement de la personne.

Shiatsu 2

Les personnes à la fin de séance parlent-ils de leur suivi? Vous demandent-ils des conseils ou des recommandations?

Oui. On me demande souvent des conseils.

J’oriente vers En Parler et j’ai aussi des échanges avec un psychologue, donc ça m’arrive d’orienter vers lui.

La personne est bien sûr libre, d’y aller ou pas, en fonction de son besoin. Après, le choix d’un professionnel est personnel, il peut convenir ou pas en fonction de la personne. Car ce n’est pas facile de faire cette démarche.

Mais, quand je vois que c’est très lourd pour la personne, je leur en parle systématiquement et je les oriente vers un professionnel.


Pouvez-vous nous partager un moment fort que vous avez vécu avec des personnes qui ont vécu des violences?

Quand la personne libère sa parole, c’est toujours un moment fort

Ceux qui m’en ont le plus parlé sont des proches mais, ce qui est important, c’est que je sache expliquer comment fonctionne la sidération et la mémoire traumatique.

Ces informations sont importantes pour elles et leur permettent de basculer de l’autre côté et de ne plus se sentir coupables.

Mon activité a un vrai impact pour les victimes sur ce point là.

Souvent, j’interviens au début du parcours de reconstruction.

Elles ont le déclic ici et je leur explique comment ça fonctionne.

Peut-être qu’elles mettront quelques années avant d’aller voir une association et encore quelques années avant d’aller voir un thérapeute mais ce qui est important, c’est de leur dire comment elles fonctionnent afin de comprendre ce qui leur arrive.


Quelles sont vos ressources, vos recommandations ?

Au début du parcours de reconstruction, au moment de la prise de conscience, je recommande le site de Muriel Salmona car elle explique beaucoup de choses: Association Mémoire Traumatique.

Ce qui peut être lu aussi sur ce site, à ce stade, c’est le lien suivant >

“Psychotraumatismes > Mécanismes > “la description de la réponse émotionnelle.”

J’oriente vers ce lien là en particulier.

Les personnes qui se confient ont besoin de savoir, de comprendre et j’essaie d’apporter ces réponses là. 

Et cela leur permet d’avancer dans leur cheminement. 

Je les oriente également vers le nouveau site Erity pour qu’ils aient plus d’informations sur ce qu’ils vivent, car c’est une plateforme de ressources, de podcast, de document à télécharger pour les victimes et pour les proches aidants.


Comment vous contacter ?

Vous pouvez passer par mon site internet

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